Histoire des favelas

20 01 2010

À l’origine, la grande urbanisation

La nécessité de travailler, de s’assurer une source de revenu et  de trouver du soutien de la part de l’état dans la ville fait grandir énormément le phénomène de l’urbanisation. Chaque jour 180 000 personnes migrent vers les villes pour commencer une nouvelle vie. C’est-à-dire que chaque huit semaines une nouvelle ville de plus de 10 millions d’habitants est créée. En 1950, la seule ville qui abritait plus de 10 millions d’habitants était New York; depuis 2000, on dénombre 19 méga-villes, et seulement trois d’entre elles sont dans d’états développés : Tokyo, New York, Los Angeles. Les nouveaux arrivés dans les villes développent des espaces auto-construits et ils commencent à les occuper de façon illégale.

Source: UN-habitat

On commence à parler de slum en 1820 pour les parties de la ville de Londres qui étaient habitées par des pauvres qui vivaient en conditions hygiéniques précaires. En 1850 on avait des bidonvilles en France, en Angleterre, en Amérique et en Inde et on commençait à les identifier comme un phénomène international.

Selon le rapport de UN-Habitat (The challenge of slums, 2003) en 2001, 924 millions de personnes (le 31,6 pour cent de la population du monde) vivaient dans des slums. La plus grande part de ceux-ci était en PED. Voici les pourcentages de personnes qui habitent dans les slums par rapport à la totalité des habitants (2003):

  • Afrique Sub-saharienne (71,9 % de la population)
  • Centre-sud de l’Asie (58 %)
  • Asie de l’est (36,4 %)
  • Asie de l’ouest (33,1 %)
  • Amérique latine et les Caraïbes (31,9 %)
  • Afrique du nord (28,3 %)
  • Asie (28 %)
  • Océanie (24,1 % de la population)

Ce phénomène a crû énormément pendant les années ’90, et pour le futur, on estime que dans les 30 prochaines années le nombre de personnes qui habitent dans les bidonvilles arrivera à toucher les 2 billions si les choses ne changent pas.

Proportion entre les habitants des slums et les habitants des régions, 2001. Source: « The challenge of slums » UN-Habitat, 2003.

Slum et synonymes

Les slums sont des manifestations des différences existant entre les villes et la pauvreté urbaine. Les villes s’agrandissent énormément pour leur naturelle expansion, pour des mouvements migratoires de rural à la ville, pour la combinaison entre les deux, pour les mouvements des personnes suite à des conflits ou des événements naturels et pour autres raisons liés au changement de destination de parties de la ville, ou dégradation intérieure.. Toutes ces personnes vont vers la ville pour chercher à améliorer leur condition et pour trouver un travail. Par contre, ces mouvements migratoires ou ces agrandissement ne sont presque jamais suivis par des politiques de logements appropriées mais plutôt par la spéculation et la prévalence des besoins de se loger sur les mécanismes formels. Les slums sont des espaces caractérisés par le surpeuplement, l’auto-construction des logements informels et de basse qualité, l’absence d’hygiène et de sécurité. Mais on peut bien comprendre comme n’importe quelle définition on utilise pour ce phénomène, mais il est impossible de comprendre toutes les dimensions qui sont comprises dans ces manifestations.

Il y a des slums partout dans le monde, et la diversité entre eux est manifestée aussi par la pluralité des noms existants pour identifier le phénomène, parmi les quels:

  • Français: bidonvilles, taudis, habitat précaire, habitat spontané, quartiers irréguliers;
  • Espagnol: asentamientos irregulares, barrio marginal, barraca (Barcelona), conventillos (Quito), colonias populares (Mexico), tugurios et solares (Lima), bohíos ou cuarterias (Cuba), villa miseria;
  • Allemande: Elendsviertel;
  • Arab: mudun safi, lahbach, brarek, medina achouaia, foundouks et karyan (Rabat-Sale), carton, safeih, ishash, galoos et shammasa (Khartoum), tanake (Beirut), aashwa’i et baladi (Cairo);
  • Russe: trushchobi;
  • Portuguais: bairros da lata (Portugal), quartos do slum, favela, morro, cortiço, comunidade, roteamento(Brazil);
  • Turque: gecekondu;
  • Anglais américain: ‘hood’ (Los Angeles), ghetto;
  • Sud de l’Asie: chawls/chalis (Ahmedabad, Mumbai), ahatas (Kanpur), katras (Delhi), bustee (Kolkata), zopadpattis (Maharashtra), cheris (Chennai), katchi abadis (Karachi), watta, pelpath, udukku ou pelli gewa (Colombo);
  • Afrique: umjondolo (Zulu, Durban), mabanda (Kiswahili, Tanzania).

Urbanisation en Amérique Latine

L’Amérique latine détenait le taux d’urbanisation le plus élevé du monde, jusqu’à ce que l’Asie, dans les années ’90, l’ait surpassée. Le trois-quarts de la population vit dans des villes, aussi s’il n’y a pas des pays fortement industrialisés. La plupart des pays en Amérique latine sont formés par des méga-villes avec une densité urbaine très élevée et une grande croissance urbaine. Par conséquent, il y a des espaces auto-construits d’extraordinaire dimension. Le 50% des constructions dans les villes sont produits par les immigrants ruraux.

Si on regarde le Brésil, pour exemple, la population est de 175 million, et le 82% entre eux habitent dans les villes. Le Brésil a 16 villes qui ont plus de 1 million d’habitants; la première ville à surpasser cette limite a été Rio dans les années ’20.  Selon la “Investigación de Informaciones Básicas Municipales”, conduite par l’Institut Brésilien de Géographie et Statistiques (IBGE) en 2001, en Brésil il y a 16.433 favelas enregistrées. Entre 1999 et 2001 le nombre d’ habitants dans les favelas est passé de 900.000 à 2,3 millions et c’est dans la région de Rio qu’on trouve le plus nombre.

Nombre de favelas dans les villes du Brésil. Source: Censiment 2001, IBGE, élaboration graphique Wikipedia

Les statistiques sont de 2001 mais la plus grande partie des favelas de Rio de Janeiro sont historiques, c’est-à-dire qu’elles ont été crée à la fin du XIX siècle et sont parmi les plus vieilles au monde. À Saint-Paul, par contre, les favelas ont une histoire très récente. Elles ont commencé à se développer dans les derniers 50 ans : par contre, la croissance a été très vite et la population des favelas est passée de 5,2 pourcent en 1980 à 19,8 pourcent en 2003 (« The challenge of slums », 2003, UN-habitat).





Origine du mot

20 01 2010

L’origine du mot «favela» est reliée à un morceau d’histoire brésilienne connue comme «Guerre de Canudos». Il s’agit d’un mouvement politique-religieux qui a eu lieu dans l’état brésilien de Bahia, pendant les années 1893-1897. Une fois la bataille terminée, les soldats sont revenus à Rio de Janeiro car on leur avait promis un nouvel espace pour habiter dans la capitale. Une fois dans la capitale, ils s’étaient installés provisoirement dans certaines collines de la ville, en construisant des petites habitations temporaires aux côtés d’autres personnes qui habitaient déjà là, principalement des esclaves affranchis. Suite à des problèmes politiques et bureaucratiques, les promesses ne furent pas respectées et ce qui était provisoire est devenu définitif.

Certains pensent que «favela» a pris origine du nom d’une des ces collines sur lesquelles ils s’étaient installés, qui était recouverte par un arbuste appelé «faveleiro». Autres disent que le nom «favela» a été inspiré par une construction qui existait dans la région de Bahia et qui servait comme base et protection pour les soldats et qui justement était appelée avec ce nom. De toute façon, toutes les morros (ou pas forcement des morros, mais tous les espaces urbains avec n’importe quelle topographie) occupés irrégulièrement ont commencé à se reconnaitre comme favelas, en référence à la favela originaire.

Morro da favela, huile sur toile, 64 x 76 cm, collection Sérgio Fadel, Rio de Janeiro. Tarsila do Amaral, 1924

« Les favelas, encore anonymes dans les registres scientifiques – ignorées des savants, trop connues des lustre -, peut-être un futur genre cauterium, des légumineuses, ont dans leurs feuilles aux stomates allongés en villosités de remarquables outils de condensation, d’absorption et de défense. Si leur épiderme se refroidit la nuit bien au-dessous de la température de l’air, et provoque, malgré la sécheresse de ce dernier, de brèves précipitations de rosée, la main qui les saisirait se heurterait pourtant à une plaque incandescente d’une chaleur intolérable. Parfois, quand certaines espèces ne se montrent pas aussi bien armées que les précédentes pour réagir victorieusement, on observe des dispositifs peut-être encore plus intéressants : les espèces s’unissent, s’enlacent étroitement et se transfigurent en plantes sociales. Ne pouvant contre-attaquer isolément, elles se disciplinent, s’agrègent, s’enrégimentent. »

Euclides da Cunha, 1902, Os Sertoes, trad. Fr. Jorge Coli et Antoine Seel, Paris, Métaillié, 1997 : 42.

« FAVELA n.f. 1. Plante des catingas de Bahia. 2. Ensemble de huttes ou de baraques, construit sur un morne et dépourvu de conditions d’hygiène. »

Grande e Novissimo Dicionario da Lingua Portuguesa, Laudelino Freire, Rio de Janeiro, A Noite, 1939-1944, 5 vol.

« FAVELA (étym. Favela, fava + ela, de Morro da Favela à Rio de Janeiro, ainsi nommé par les soldats qui s’y sont établis au retour de la campagne de Canudos.) n.f. Brésil. Ensemble d’habitations populaires sommairement construites (habituellement situées sur des mornes) et dépourvues d’équipements d’hygiène. Syn. Morro (Rio de Janeiro), caiza de fosforos (Sao Paulo). Voir aussi Bairro de lata (bidonville).

FAVELIZACAO (de favelizar + cao) n.f. 1. Brésil. Formation des favelas (voir Favela). 2. Processus de dégradation d’une zone d’habitations. »

Novo Aurelio Século XXI; o dicionario da lingua portuguesa, Aurélio Buarque de Hollanda Ferreira, 3° éd. revue et corrigée, Rio de Janeiro, Nova Fronteira, 1999

« FAVELA, n.f. (mil. XXème; mot port. du Brésil favela ou favella). Au Brésil, ensemble d’habitations populaires de construction sommaires et dépourvues de confort. Les Favelas de Rio (voir aussi Bidonville). »

Le Nouveau Petit Robert, Paris, 2000.








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